dimanche 21 septembre 2014

Lettre à Esther

Salut à toi.
Je suis tellement loin en ce moment, mais la distance c'est toujours bon.  On voit mieux les choses qui se passent.  On les comprend mieux.  On les observe mieux. 
Je suis loin et pourtant, en voyage, je me sens tellement plus près de tout.  Plus sensible évidemment. Souvent, en voyage, je rêve à mon enfance.  Je rêve à des lieux de mon enfance.  Je rêve à mes maisons.  J'ai toujours pensé que c'est parce qu'en voyage, on est aussi fragile et insécure qu'un enfant devant l'inconnu.  Je ne sais pas si ma théorie tient, mais c'est comme ça que je me l'explique.  Aussi parce que quand je suis malade en voyage, je me sens petit petit petit.  Et que je voudrais tellement aller me réfugier chez ma mère.  Comme un gamin qui fait un cauchemar en pleine nuit. 
En tout cas. 
C'est pour tout ça que j'aime voyager. 
Parce que ça déplace. 
Et aujourd'hui, j'ai enfin pu me sauver de la routine du travail et retourner me perdre dans la plus grande ville au monde, au milieu de tant d'humains.  Et j'ai expérimenté ce qu'il y a de plus paradoxal ici, c'est-à-dire que très rapidement on passe de la folie d'une marée humaine à un oasis de tranquillité où tout reprend sa place.  
Je suis passé du Tokyo Dome au parc Korakuen juste à côté en dix minutes et tout a changé. 
Tu peux voir sur cette image comment les deux sont si près.  Y avait un match de base-ball dans le Dôme, on entendait les cris, mais ça ne suffisait pas pour que le parc et sa beauté se cristallisent en moi. 

   Je me suis assis et j'ai lu un truc.  Et je me suis senti loin.  Chanceux, mais loin. Et j'ai pensé à toi. 
Nous sommes solitude.  Il faut partir de cette vérité.  Nous devons accepter notre existence aussi complètement qu'il est possible.  Au fond, le seul courage qui nous est demandé est de faire face à l'étrange, au merveilleux, à l'inexplicable que nous rencontrons.  
J'ai pensé à toi très fort et à ce que tu vis en ce moment.  À la peur que tu dois avoir en toi.  Et que j'ai beau essayer de comprendre, je ne peux sans doute pas vraiment.  La peur.  Combien elle peut nous prendre.  Nous serrer trop fort.  Je suis loin en ce moment et des fois j'ai peur d'être trop loin, ça me chavire un moment.  Et j'ai imaginé ton vertige.  Je ne peux rien faire. Mais je peux espérer et j'espère du plus profond de mon âme que tu trouveras de la paix devant la solitude et la solitude de cette peur.  J'espère que trouveras un peu comment faire face à l'étrange, au merveilleux et surtout à l'inexplicable que tu rencontres.  

Je veux aussi te dire ceci:  ce que j'ai appris des Laberge, c'est d'avoir la tête haute.  Votre satanée fierté.  On en rit souvent, elle est parfois intense, mais c'est vrai qu'elle m'a permis d'avancer.  
Et aujourd'hui je veux que tu saches que ce que j'ai appris de toi, c'est cette force que tu as eu de te construire toi-même, armée de cette fierté.  J'ai toujours vu en toi quelqu'un qui s'est fait.  Qui s'est inventé, qui a progressé, forgé.  J'ai toujours eu cette admiration pour ma mère qui a tenu le fort devant toutes situations, comme une générale, et de toi, sa soeur, j'ai toujours admiré cette manière que tu avais eu de partir et de recommencer et de construire ce que tu es devenue dans ta carrière.  Et l'énergie que tu y as mis.  Peut-être que j'ai romancé un peu ça, mais peu importe.  Ça m'a servi et aujourd'hui, je te dis merci.  Merci pour ça. 

(Les Japonais sont comme ça je pense.  Tu te serais reconnue ici je pense.  Ils bossent sans arrêt.  Les enfants vont à l'école le dimanche, je les vois dans le métro en uniforme.  Les acteurs avec qui je travaille commencent deux heures avant moi et finissent au moins une heure après.  
Tout est tellement paradoxal et en osmose ici.  Y a ça, cette énergie qui file, qui avance, et y a la paix dans les parcs.  La spiritualité autour d'un bon repas, ou même dans la manière de payer dans les magasins ou dans la manière d'emballer les trucs.  Tout est fait avec minutie.  Dans le tourbillon, le temps réussit à s'arrêter soudain.)


J'espère que tu trouveras un peu de paix.  Que dans tout ce qui semble paradoxal dans cette épreuve que tu traverses, tu arrives à écouter ton coeur, à laisser du silence t'envahir, que le bruit des vagues de Ogunquit te berce et te réconforte, que les rires que vous avez eu ensemble te rassurent, que dans les gestes du quotidien qui te soutiennent, tu trouves de la minutie, de la beauté, du merveilleux.  Je te souhaite ça.  De la paix et du merveilleux.  
Je suis peut-être un charlatan trop émotif ou un peu trop hippie.  Peut-être que je suis bien mal placé pour parler.  Mais y a une chose que je sais:  je t'admire, je t'aime et j'avance avec toi.

Je sais aussi qu'il ne faut pas que tu te laisses dire de ne pas pleurer. Je passe ma vie avec des acteurs à entrer dans l'émotion.  Je ne sais pas comment construire des ponts ou gérer une banque, mais ça, je pense que je le sais un peu.  L'émotion est utile,  c'est aussi un beau voyage. 
Combat la colère par l'amour qu'il y a autour.  Et cherche dans l'inexplicable, le merveilleux.  Ils ne sont pas inséparables. 

Je vais aller te voir en revenant. 
Je suis loin mais je me sens très près de toi. 
Merci. x



  

samedi 20 septembre 2014

Relativisme culturel à Shipshaw

La vlà la belle gang.
Ken, Romu, Kayo et Mamo.
Respectivement Samuel, Petra, Jeanne et Victor.
Aujourd'hui c'était la fête de Kayo.  Je vous laisse me dire son âge mettons.
Sinon deux enchainements.  J'haïs ça pour tuer faire deux enchainements, mais je suis un peu coincé et pas en situation de dire non.  Je me fais sortir des arguments boboches sur les japonais.  En tout cas.
J'ai pas le goût de me plaindre.
Sinon, ça va déjà mieux.  Clairement, les acteurs étaient nerveux hier et moi aussi alors la communication et la liberté de la salle de répétition étaient court circuitées.  Plus souple aujourd'hui, plus sensible.  Quelques questionnements sur des détails que je n'ai pas toujours le goût de justifier.  Mais rien de majeur.
J'ai une nouvelle interprète qui s'est retrouvé entre le producteur et moi, pas vraiment d'accord avec ce que disait le producteur et qui savait pas trop comment me dire ce qu'il voulait.  C'est tendu de ce côté là, mais bon, j'ai reçu un éventail joli comme tout à la fin.  Protocole ou amour véritable.  Mieux vaut pas le savoir.
Demain, on enchaine encore et après ils démontent pour entrer en salle lundi.

Sinon, je suis allé me perdre dans les quartiers mouvementés de Ikebukuro.
C'est samedi, je l'ai réalisé plus tard.
Jeunesse en perdition dans les rues.
Foule.
On se croirait tout le temps au festival d'été.
Et pourtant, en deux coins de rue, tout se calme, on se croirait à Shipshaw.
(je pensais jamais ploguer Shipshaw dans une phrase en direct du Japon).

Je suis allé voir une pièce très étrange.
Au quatrième étage d'un centre d'achats dégueulasse, y a une salle magnifique, en bois, environ 400 places.  Pleine de monde.  Jeune pour la plupart.
Le programme pèse trois tonnes.
Et le show aussi.
J'ai pas trop compris, même si j'avais le déroulement de l'histoire.
Y a des codes étranges.
Peut-etre que je comprends pas finalement le public japonais et que je devrais vraiment ajouter une femme habillée en fillettes avec des lulus qui chante avec une voix nasillarde en plein milieu de la scène de départ de Pétra dans La librairie.  Peut-être que ce serait mieux?
Ah relativisme culturel!!!!!!
Merci à toi qui nous divise autant.

Fallait voir la file devant le Bic Camera qui attendait le iphone 6 à matin.
Ah relativisme culturel!!!!
Quand tu nous réunis autour d'un téléphone plus gros.
Merci à toi pour ça aussi.

Bonne journée
x


vendredi 19 septembre 2014

Jour 2, qui est en fait le jour 1

Bonjour.
Me revoici, sur les rails, déjà complètement arrivé.
Pas le choix.  J'ai un horaire.
La matinée a drôlement commencé, pas capable de trouver un étole de guichet qui accepte ma carte, comme si y avait une affaire japonaise contre VISA (ou contre moi mais ma paranoïa est pas si intense).

En tout cas, c'est pas si intéressant considérant que je me suis encore une fois retrouvé dans cette ancienne école, la même que les deux dernières fois, dans le même local, pour retrouver ma belle ancienne et nouvelle gang de Bukkushuppu.
Vous dire l'émotion.

À l'entrée du dit local, sur les murs, une série de posters de la pièce avec toute la distribution.
Puis, la porte coulissante qui s'ouvre et derrière, la belle Kayo qui me voit, et qui explose, tout comme moi.  C'est fou parce que y a pas de mots (et c'est pas une expression ici, c'est littéral) y a pas de mots, on se comprend pas.  Je sais pas comment lui hurler tout ce que j'ai le goût de lui dire et vice-versa.  Alors, on se serre très fort en faisant aaaaaahhhhhhhhhhh.  Ça doit sûrement vouloir dire de quoi.  En tout cas, c'est plein de quelque chose, ça c'est sûr.


Puis le beau Ken.  De retour de la première édition, tout aussi charmant.  On dirait que personne vieillit ici.  En me préparant ce matin, je me disais: y vont se dire, y a pris du poids lui, ou y a moins de cheveux... je sais pas ( j'ai pas l'intention de vous donner plus d'exemple, c'est déjà assez déprimant), bref, Ken avait 25 ans y a cinq ans et pis là, il en a 25 et demi disons.  C'est étonnant.

(ici en train de repasser sa chemise en coulisse pour le lendemain...  y est 18h12)

Puis, je rencontre les deux nouveaux.  Romu et ....  Ah ciboire, je me rappelle pas.  Je vous le dis demain.  Mettez ça sur le dos du décalage.
Bref, deux nouveaux acteurs.
Depuis un temps, ils répètent sans moi, avec Kame-san (le producteur) et son équipe et Kayo, en qui j'ai une confiance totale.  Elle comprend tellement vite. Je me dis qu'elle doit les avoir aligner comme du monde.
En tout cas, ils sont prêts à enchainer.
Ils vont me présenter le fruit de leur travail et me demande de commenter et corriger après.  Ben quin.

Les 5 premières minutes, c'est une bande qui narre et y a une chorégraphie de livres et de manipulations (qui dans le show se font dans le noir).  À ce moment, je me suis dit en les regardant: mais mais mais, sont donc ben parfaits, tout est impeccable.  Je me voyais pas prendre une note pis pas savoir quoi dire et donc ne pas justifier ma présence.   Malaaaaiiiise.

Mais bon, j'ai eu de la job finalement.
Les deux nouveaux sont légèrement à côté de la plaque.  Pas mauvais, mais caricaturaux.  Juste trop.  Ça manquait de fond.  Pas assez pour me mettre à pleurer quand même.  Rien de grave.

À la fin, y avait placé un salut.
(ça c'est drôle quand même, parce qu'on se fait la joke des fois en salle de répet alors qu'on place ça à la dernière minute...  )

Puis, Kame-san est venu me voir et me dire que les changements étaient en fonction du fait que la pièce est pour adultes et que c'était mieux de le faire comme ça que comme on les avait fait originalement.  Que les japonais comprendrait mieux. Bref, un peu n'importe quoi comme explication.  Ben oui.  Ben oui, que je me suis dit.   Je sais comment le comprendre astheure.  On dirait qu'il lutte contre moi des fois... pas méchamment, je le sais bien.  Mais quand même, ça c'était n'importe quoi.

Bref, y avaient des notes.
Et ben du ramanchage à faire en après midi.
Mais j'avais une super traductrice, une sino-américaine, de mère texane et de père japonais.
Brillante, et belle comme tout.  Dans les mangas, les filles ont parfois les traits plus occidentaux qu'orientaux, comme elle.  Je me disais en la regardant qu'elle avait l'air d'un pétard dans un manga.
Et elle traduisait super bien.  On le sent ça.

J'ai failli tomber dans le décor, sinon.
Et en fin d'après midi, mon sentiment d'imposteur était passé. et notre belle équipe travaillait fort fort, et ensemble.  On a fait du ménage.  On a jasé des personnages.  Kayo hochait de la tête pour m'appuyer.   Kame-san avait l'air heureux, sauf pour la scène finale, mais je vais tenir mon bout je pense.   Victor et Petra, c'est pas encore gagné, mais y a pas de quoi faire un référendum.

C'est fou le temps qui passe.
C'est fou comme tout change et tout passe et tout revient vite et nous rassure.
C'est fou comme on n'est pas loin les uns des autres.  Comme on arrive à se comprendre.
C'est fou.

En terminant, une chose plus triste.  Dans le décor, sur les livres, à la création, on avait écrit nos noms comme souvenir.  Y donc les noms des acteurs, le mien, celui de Marie Josée.   De loin, ça paraît pas mais pour nous c'est plaisant.  Ça laisse une marque.
Sur un des livres, y a le nom d'Élise.
Le coeur m'a explosé.
Ben oui, on était ensemble en 2009.
Ça aussi c'est fou.

Mais Élise, ton décor est là, bien solide.
Il soutient cette équipe formidable qui t'avait séduite alors.
Ton nom est là.
Tu dois être pas loin.
La librairie c'est une affaire de fantômes.
De liens qui se tissent dans l'absolu, contre tout.
Et ton nom est là.
Tu es là.
Oyasuminasai ma chère x






jeudi 18 septembre 2014

Retour à la case départ.
Repartir.

Même histoire on dirait,  mais départ moins poétique que la première fois pour quelques détails.  Mais même scénario au final...  (lire le blog de 2009 pour plus de détails)

Départ le lendemain d'un show comme en 2009, je quitte mon équipe le coeur gros, mais avec un sentiment de devoir accompli.  La gang est heureuse, c'est ce qui compte le plus.
Nuit blanche après avoir bien mangé.
Puis, appeler le taxi à 4 heure am.
Cette fois, et c'est là que la poésie se perd, le chauffeur est intense, la musique qui joue est pas bonne.  Le soleil se lève pas tout de suite.  Détails me direz-vous, mais quand même, avoir à expliquer que les japonais mangent pas des rats, ça enlève de quoi à l'esprit général.

Quand je voyage comme ça à l'étranger, je me fais le parcours dans ma tête d'une drôle de façon, mais on dirait que ça avance plus vite qu'en heure.  Je me dis: bon, voici ce que je dois faire: taxi/avion/avion/avion/train.  
Là, au moment où j'écris ces lignes, je suis rendu entre le deuxième et le troisième avion.  Quand même, c'est encourageant non?  C'est sûr que c'est plate de penser que le troisième avion dure treize heures et que donc le gros de l'affaire est pas fait pis s'engouffrer dans ces pensées avec la fatigue qui m'assaille, c'est intense.  C'est pour ça que j'aime ma manière simpliste.

Bon, je suis à Détroit.
Non je suis à Tokyo.
C'est fou comme un changement de paragraphe peut mener loin.  Me voilà assis dans mon hôtel dans Ikebukuro, pas trop loin de la dernière fois et en pleine possession de mes repères.
Je suis allé faire le marché comme si j'étais allé au IGA dans Limoilou.
Je comprends quelques mots de plus, mais mon Dieu que c'est pas gagné.

Kame-san m'attendait dans le hall d'entrée, on s'est serré très fort.  On était vraiment content de se voir, même si c'est sûr que dans la vie on serait pas les meilleurs potes au monde... Mais on s'en fout. Y a quelque chose qui nous lie, une histoire.  Et elle est belle.
J'ai vu la nouvelle affiche avec les nouveaux acteurs.
Y a ma belle Cayo, toujours au poste.
Et mon Ken.  Qui est de retour.  Je l'avais remplacé la deuxième fois et là il revient.  Parfait, il est très bon.
Et les deux autres que je sais pas du tout ce que ça va donner, mais l'actrice qui joue Petra a un bon regard.  Ça va aider je pense parce qu'on n'a jamais réussi à faire de quoi de tout à fait juste avec ce personnage ici au Japon.
Alors, demain, enchainement et notes et on va décider de ce qu'on fait après.  Du détail certainement. En tout cas, sur l'horaire, c'est écrit que je répète de 11h à 23h.  Mais ça n'arrivera pas.  Oh non Georges.
Puis, on entre en salle dans 3 jours.
La première le 24.
Malade.
Je vous tiens au courant.

J'ai écouté La grande bellaza dans l'avion.  C'est donc ben magnifique ce film.  Singulier...  presque parfait on dirait.  La beauté et la désolation tout ensemble.  Un peu comme dans le dernier Arcand que j'ai bien aimé aussi.

Sinon, je pense à Patrice qui est Écosse en ce jour de choix.
Et à S. qui fera le même trajet dans une semaine.  Fais toi s'en pas.  Y a du monde pis ben des bruits, mais on se retrouve.
x




dimanche 29 juillet 2012

Liste

Pas de siège dans l'avion
L'arrivée en taxi
Le temple des sangliers, le premier
La recherche d'une épicerie
Balades à vélo
La crêpe étrange
La chaleur
Les parapluies
Les signes
Mort/vivant
Potatornado
Le chemin de la philosophie
Dormir sur la plage
Les daims
Le temple de Nara
Le train local
Karamel
Le café à côté
La ride de taxi à 50 dollars pour rien
Mijayima (je pense c'est ça le nom)
Hiroshima
L'art brut
Le boeuf de Kobe
La madame d'Osaka
La coupe de cheveux
Otsu
Non, pas Otsu
Retrouver Harajuku
Ebisu
La madame qui pleure
Le baseball
Les vues d'en haut
Les restaurants en bas
Le marché de poisson en clandestin
Passer la soirée avec Kyoko et les amis
Chanter au Karaoke
Faire du jogging en écoutant Avec pas d'casques
Retrouver Ikebukuro
Découvrir Ikebukuro
Retrouver l'équipe de Bukkushuppu
Roppongi, toujours.
Kichijoji, nouveau quartier
La maison Muji
Hyatt
La soirée sur le toit
La manifestation anti-nucléaire
La chaleur
Le départ, encore.




samedi 28 juillet 2012

Les fleurs de feu

Je vais essayer de faire un retour sur les deux derniers jours
qui ont été remplis de trucs que je ne pensais pas faire ici.
Tout ça a commencé par une invitation à souper
vendredi soir.
En fait, on était supposé, Kyoko et moi, aller à la manifestation contre l'énergie nucléaire qui a lieu tous les vendredis, mais allez savoir pourquoi, cette semaine, elle a lieu aujourd'hui et bon, on essaiera d'y aller.  Bref, on n'avait plus rien à faire et finalement, je me suis dit qu'une bonne bouffe faisait l'affaire et que comme Kyoko connaît des places que je ne connais pas, c'est le moment d'en profiter.  Aussi, parce que sinon on serait aller bourlinguer dans les magasins vu que, et elle et moi, on aime ça.  Et qu'aussi je pense que j'ai vu tous les musées de cette ville sauf deux parce que l'expo me tentait pas.  Aussi, parce qu'il fait très chaud et c'est pas une bonne idée de partir à l'aventure comme des fous.
Bref, on est allé manger.
Et ce fut réussi.
Le boeuf japonais.
Le boeuf japonais.
Suffit de le dire pour que l'impact ait lieu.
Sauf que les desserts étaient pas super. 
Alors, on est allé au Hyatt Hôtel. 
Toujours dans Shinjuku. 
Le resto est au 54e. 
Et c'est là qu'ils ont tourné Lost in translation: http://www.youtube.com/watch?v=sU0oZsqeG_s
Et les desserts sont bons en pas pour rire. 
On en a pris trois. 
Milles-feuilles vanille
Tarte à la pêche 
et une autre affaire fluffy (et c'est pas poli de l'appeler l'"autre affaire"). J'ai pensé à Steve.
La vue sur la ville est magnifique parce que c'est la nuit. Parce que nous sommes dans les seuls buildings en hauteur de la ville, sauf exception. Parce que l'ambiance est parfaite aussi et que l'ambiance en-dedans donne du mieux à la vue. L'hôtel est une oeuvre d'art. Heureusement que je ne bois pas, je pense que j'aurais pris une bouteille du meilleur whisky. 



Bon.  Le lendemain, c'est à dire hier. 
Journée fashion. 
Ben c'est que l'autre fois, on a fait les fous chez Isetan et je vous ai parlé que nous avons essayé du linge des grandes marques, chose que vous ne devriez pas essayer.  Et on a essayé du Issaye Miyake, grand designer japonais.  
Et on a eu du plaisir.  Mais en rentrant ce soir là, Kyoko m'écrit et m'annonce qu'elle est une mauvais amie parce que sa mère a reçu une invitation pour une vente trottoir réservé, une vente de fin de collection de Issaye Miyake toujours et que ça a lieu ce samedi et qu'elle peut inviter du monde dont des étrangers et donc, que si ça me tentait, j'étais le bienvenu.  Juste pour vivre de quoi d'unique, j'ai dit oui.  
Belle expérience.  Ça fait pas autant d'effet que trois gâteux magnifiques, mais y a des choses pas pires. Entre autres des ventes de sample, des trucs de défilé que jamais tu verras en magasin et c'est beau de voir les filles et les gars essayer tout ça dans un joyeux bordel dans une bâtisse perdue.  Je ne vous dit pas si j'ai acheté de quoi... 
J'ai pensé à Jobed qui m'a fait connaître le designer y a trois ans alors qu'on marchait dans Harajuku.
Oh! Je ne vous ai pas parlé de la maman de Kyoko, belle dame âgée et noble qui m'a payé le resto dans un endroit où on voyait la mer.  C'est tellement étrange de soudainement voir une fin à cette ville qui a l'air elle-même d'un océan.

Et puis, pour rester dans le thème, je suis aller au MOT, Modern Museum of contemporary art dans l'après midi pour voir une expo qui ouvrait la journée même, sur les 30 dernières années en mode au Japon.  C'est quasiment une expo de costumes de théâtre au croisement de la Ribouldingue et de Star Wars.  Des trucs magnifiques.  Je vous mets le lien:
http://www.mot-art-museum.jp/eng/2012/fashion/index.html.  
Le musée est tellement beau de toute façon.  Juste ça vaut le détour et parlant de détour, ça m'évitait d'en faire un puisque le reste de la soirée se passait dans le coin. 

Je vous avais dit pour les feux d'artifice.
Hier, y avait une soirée de feux d'artifice.  Et j'avais lu que c'était une soirée immense, un espèce de truc qui dure 1h30 sur la rivière, dans l'est de la ville.  Un petit rassemblement d'au moins 250 000 personnes.  Les gens s'habillent en costume traditionnel et ça pète.  Je suis pas tant que ça fan de feux mais je me disais que le bain de foule pouvait être plaisant.  J'ai parlé de ça à Kyoko y a trois semaines, de même.  Elle me dit, "ouais ok on fait ça", mais on va pas dans la foule, j'ai un ami qui fait un souper sur le toit chez lui, une soirée spéciale, on amène 10$ et on se sert.  Je me dis que c'est parfait.  Qu'en fait d'expérience, c'était bien, le type est photographe, il parle anglais.  Sa famille sera là.  Et bien sa famille et tout le quartier pour dire vrai.
Je me suis retrouvé dans une fête de famille et d'amis. Sur le toit, vue sur le quartier, sur les autres toits, où tout le monde se rassemble pour les feux.  Ça mange, ça boit, ça rigole.  Go, le fils du photographe, s'est marié la semaine dernière: belle raison de trinquer.  Ça pète au loin.  La bouffe est bonne et y a du Ginger ale.  J'ai l'impression d'être dans un film français, ou parfois d'Almodovar...  un truc irréel, il fait chaud, mais y a du vent et au loin des éclairs, qui répondent au fleurs de feu. Parce qu'un feu d'artifice ici, c'est hanabi.  Hana: fleur.  Bi: feu.  Pas d'artifice.

Je m'évade dans mes pensées.  Je rentre dans deux jours.  Le travaiiiiiil, la vie, les comptes.  Kyoko me dit de pas y penser.  Y a un kid de 2 ans qui vient me voir pour me parler.  Enfin, quelqu'un qui sait autant de mots que moi.  Et puis, tour de table, tout le monde doit se présenter.  Je me lance en japonais, ce qui me vaut une ovation.  On joue au bingo aussi (sic).  Y a des cadeaux pour tout le monde (on est au moins 30), le photographe me donne un DVD de son dernier voyage au Viet Nam. Tout le monde me dit que le Canada c'est beau.  Certains sont venus à Toronto.  Je replonge dans mes pensées.  Ah Toronto!

Je vous ai pas dit.  Mais dans ce deux jours d'activités de choses folles et nouvelles, j'ai eu droit à un tremblement de terre.  Alors: je suis couché, je lis.  Soudain, ça fait, ccrrrrrccrrrr dans les murs.  Je me demande ce qui se passe.  Et là, comme sur un bateau, la chambre se met à tanguer avec un tout petit tout petit bruit de fond sourd.  Et ça recraque un peu.  On m'avait averti qu'au 17e, ça se balancerait.  Ça s'est balancé.  J'ai confirmé avec Kyoko, elle a dit que oui, ça avait tremblé.  Un truc de 5 quelque chose.  

Dernier enchaînement tout à l'heure.
Après, un verre et je vais m'évader pour la manif je pense.  Question de me remettre dans le bain.  Demain, tentative de fermer ma valise et hop!  Je veux pas partir.  Mais il faut.  Y a tout ce qui tombe qui arrive.  Et vous sûrement.  J'ai le coeur gros.
x










lundi 23 juillet 2012

sur les distances et l'espace et le temps qu'il faut pour se rendre quelque part

La ville devient de plus en petite.
Je m'efforce de ne pas reprendre les mêmes rues
de ne pas entrer dans les mêmes endroits et quand même
la ville devient plus petite.

de la maison, je vois loin.
je vois très bien Shinjuku
je vois très bien les deux grandes tours de Roppongi
je vois Ginza, Tokyo (le quartier)

souvent, quand y a un plan de la ville à la sortie des métros
même si je n'ai pas besoin de regarder où je suis
je prends le temps d'évaluer l'étendue des choses
de voir ce qui se cache peut-être

et ça, c'est sans parler de ce qu'il y a en-dessous
aujourd'hui, Kyoko m'avait donné rendez-vous chez Isetan
dans Shinjuku sanchome
elle m'avait donné les indications.
alors qu'on mangeait paisiblement comme deux bourgeois
au sommet du magasin
je me suis rendu compte que je n'avais pas mis le pied dehors
sauf pour traverser la rue pour aller prendre le métro.

on s'est laissé dans la partie ouest de la ville et je suis retourné (Ô surprise) dans Harajuku
pour quelques cadeaux à ne pas oublier
je suis allé à Spiral Building prendre le thé
et j'ai pris un boulevard que je n'avais jamais descendu vers Shibuya.
je suis entré dans un autre magasin de 11 étages que j'avais remarqué la semaine passée
et en haut, sous le toit de verre, y a un théâtre de 1800 places (!!!)
et un espace de rassemblement pour jeunes branchés qui veulent partager des espaces de travail
des salles de réunions, des bureaux
des locaux
et y a une galerie
toute petite
et y avait une exposition de quelques oeuvres de David Lynch
qui soit dit en passant sont très réussies
et toute aussi angoissantes que les heures que j'ai passées devant Twin Peaks y a de cela quelques années.
alors sous la terre, au-dessus, des allées, des galeries,
bien des espaces qu'on ne verra jamais.

et mon problème de voyageur, c'est qu'à chaque fois que je prends une rue
je regrette celle que je n'ai pas pris.
et quand je veux trop aller voir
la plupart du temps, je me trompe.

et la ville semble plus petite.
je ne me suis jamais senti pas chez moi ici.
je ne me suis jamais senti loin.
je suis pour les villes
je suis pour les foules
je suis pour les détours
(je ne penserais certainement pas ça au quotidien bien sûr).

ce que j'aime des grandes villes, c'est qu'on peut facilement trouver tout son contentement autour de soi et pas trop bouger
mais savoir que pas si loin, y a d'autres choses.
c'est ça surtout qu'il me faut
ce foutu besoin de savoir que je peux aller ailleurs
et vite.
que je peux changer
que ça peut changer.

Journée de congé aujourd'hui.
déjà terminée maintenant.
les trois premiers jours de travail ont été intenses.
la première journée difficile même
je travaille avec un nouvel interprète de 23 ans.
ajustement à tous niveaux
deux nouveaux comédiens
la gêne japonaise
la politesse qui étouffe quand même un peu les élans
puis, on a commencé à trouver
à se parler
à se faire des bruits pour se comprendre
et on se comprend des fois plus vite que si nous avions parlé
c'est de même

ça va faire dix ans que je travaille la librairie
on l'avait créé en 2003 mais y avait eu un an de laboratoire
avant
et donc, ça fait dix ans que je fouille dans ses racoins
dix ans que je vis avec jeanne et ses fantômes.
c'est fou quand même
et on trouve encore des trucs
à cause de la langue qui change
de l'état dans lequel on est
de ce qu'on surprend soudain dans le bas d'une page
comme si on l'avait jamais lu

cayo est magnifique
elle fait une jeanne
unique
elle ne cherche pas
elle vit avec
c'est juste beau.
on ne se parle pas elle et moi
on se fait des sourires
on est gêné encore
elle dit deux mots en français: c'est bon
je pense qu'elle rit de moi un peu
gentiment
elle finit mes phrases pouvez-vous croire?
je commence une note et elle voit qu'on cherche les mots et elle prend le relai et je sais qu'elle dit la bonne affaire.

la ville est plus petite
l'espace m'appartient de plus en plus et les distances sont moins grandes
et avec cayo c'est pareil
et on ne s'est jamais rien dit
sur nous

le ciel dégagé de la nuit est magnifique ce soir
bonsoir